Parmi les hommes qui ont
comptés dans la genèse de la Mini, l'un d'entre eux
mérite que l'on s'intéresse à son parcours plus que
d'autres. Il s'agit de Léonard Lord.
Loin d'être un homme de
l'ombre, et en vrai capitaine d'industrie, il a su insuffler
une dynamique indéniable à la British Motor Corporation,
dont la taille ne la prédisposait pas à un tel succès
commercial.
Leonard Lord, en tant que
directeur de BMC, a exercé un pouvoir sans partage dans son
entreprise.
Réputé pour son austérité et son horreur du
gaspillage, c'est lui qui donne l'ordre à Issigonis en 1957, de
construire une petite automobile "comme une grande".
Leonard Lord est né en 1896.
Il reçoit une éducation stricte à la célèbre école de
Bablake à Coventry, parfait ses études d'ingénieur dans une
usine de tissus, puis de
1914 à 1918 rejoint une usine d'armement à Coventry. Après la guerre, il effectue un passage dans
l'usine de fabrication de moteurs Daimler.
En 1920, Morris Motors conclue
un accord avec Hotchkiss pour la fabrication de moteurs.
En effet, craignant
que les Allemands ne se saisissent de son appareil de production,
Hotchkiss s'était implanté en Angleterre pendant la première
guerre mondiale.
En 1922, Lord rejoint la
filiale implantée à Coventry du constructeur Français Hotchkiss.
II y fera ses "armes", à défaut d'être sur les champs de
bataille.
En 1923 il est
débauché par Morris Motors, où sa nouvelle position lui
permettra de développer ses talents d'organisateur, en
améliorant et rationalisant efficacement tous les
stades du processus de production.
Wolseley est racheté en 1927
par Morris et Lord y est transféré afin de moderniser l'outil de
production, ce qu'il fait avec un certain succès.
A la
suite de quoi, Lord est promu
Directeur Général, en 1932, de l'usine de Cowley près d'Oxford. Les caractères
très "entiers" de William Morris et Leonard Lord
n'étaient pas faits pour s'entendre. Bien que souhaitant laisser
beaucoup d'autonomie à Lord, Morris ne pouvait s'empêcher
d'intervenir dans chacune de ses décisions. Au
grand dépit de Lord qui ne le supportait pas.
1933 : William Morris
avec le sourire en compagnie de Léonard
Lord.... moins euphorique !
Lord est à la barre du
groupe, et Alec Issigonis rejoint
Morris Motors à Cowley en 1936. Il n'apprécie guère les méthodes de
partages de responsabilités appliquées par Lord, dont le style
de management est largement inspiré par l'Américain General Motors. (Il
semblerait qu'Alec Issigonis avait une affiche General Motors "bien
placée" dans ses toilettes !).
Las des altercations
sans fins et parfois violentes avec William Morris, Leonard Lord quitte l'entreprise pour
aller travailler chez son pire concurrent en 1938....... Austin !
Très amère, il fait
alors la promesse de démanteler l'empire Nuffield, brique par
brique, ce qu'il parviendra à faire quelques années plus tard.
A cette époque, Herbert Austin
recherchait quelqu'un pour diriger son entreprise. Son fils unique
avait été tué pendant la première guerre mondiale, et son personnel le
plus proche commençait à prendre de l'age. A la surprise
générale ce fût Leonard Lord qui fût choisi pour diriger
l'entreprise.
Avec la seconde guerre
mondiale, Lord à la tête d'Austin,
converti la production civile vers une production militaire et notamment la construction d'ambulances et de véhicules
gouvernementaux.
Herbert Austin
décède à
l'age de 75 ans, en 1941, époque à laquelle Leonard Lord a déj à
grandement marqué son empreinte en modernisant l'entreprise.
Avec la fin de la guerre
Lord, alors Président d'Austin Motorcar Company, décide d'investir
£1.000.000 dans les infrastructures de production du groupe afin de
répondre à une probable reprise de la consommation
"civile".
Cependant, la Grande Bretagne de l'après
guerre est exsangue, et les queues devant les magasins
d'alimentation continueront encore quelques
années.....
Le rationnement des produits
énergétiques et les taxes exorbitantes sur les
véhicules automobiles, sont loin de favoriser une reprise des ventes
de véhicules civiles. En gestionnaire prévoyant, Lord
décide dès 1945 de construire une automobile
pour l'exportation, ce qui concourra largement à assurer la survie d'Austin.
Les USA représentent
alors, le plus gros marché extérieur de l'époque.
Austin y exportera l'Austin A 40 dès 1947. Celle-ci
ressemblait beaucoup à des modèles de la General
Motors de la fin des années trente !
Avec 75% de la production de l'usine de
Longbridge exportée vers les USA, le Canada
et l'Australie, le pari était gagné, et les actionnaires n'eurent pas à se plaindre !
Dick Burzi et Leonard Lord
examinent une maquette de l'A90 Atlantic.
1952 est une date importante car Morris ( à ce moment
appelé Nuffield Group) fusionne avec Austin et l'ensemble devient
la British Motor Corporation.
Bien
que William Morris soit Président de BMC, c'est Lord qui est
réellement aux commandes !
Vient alors la décision de rationaliser la
production des moteurs et boites de vitesses dans le groupe. C'est ainsi que le
moteur série A de l'Austin A 30 équipe désormais la Morris
Minor.
Austin et Morris avaient été jusqu'ici les pires ennemis sur
leur marché, ceci explique peut-être la raison pour laquelle les
deux réseaux restèrent tel quel.
Bien que Leonard Lord le
démente, il semblerait que le réseau Austin bénéficiait des
meilleurs véhicules au détriment de Morris.
C'est à cette époque qu'Issigonis part chez Alvis...... mais
ceci est une autre histoire...
En 1956 la crise de Suez,
et les rationnements d'essence consécutifs, voient l'apparition des Bubble cars.
Sir Leonard Lord les prend
en grippe et déclare : "Nous devons les chasser de la rue en
construisant une vrai voiture miniature".
Lord demande ainsi à
Issigonis de revenir travailler chez BMC et lui promet une totale
liberté dans le design du projet. Lord, dont la santé se
détériore, tiendra sa promesse. Sa seule instruction étant
d'utiliser un moteur de la gamme existante pour équiper la Mini.
Celui-ci sera bien évidemment le type A.
Ainsi libre de ses choix,
et contraint par Lord de faire très vite, Issigonis crée la Mini en
deux ans alors que la norme de l'époque pour une nouvelle voiture est
de 7 ans.
En 1961,âgé de 65
ans, Lord part à la retraite mais reste Président honoraire de BMC
et British Leyland jusqu' à son décès en 1967.