Comprendre les
raisons qui ont motivées la création de la Mini, c'est
probablement donner à cette histoire très particulière un
certain sens....
1. Les traces de la
guerre toujours visibles.
Les années cinquante
furent une période charnière pour la Grande Bretagne.
En effet, il fallait tourner la page d'une deuxième
guerre mondiale très pénible qui avait malheureusement
laissée des blessures toujours longues à se
résorber.
La vie d'une ménagère
britannique à cette époque était, comme en temps de
guerre, toujours quotidiennement embarrassée par les tickets de rationnement. Sa vie
était ainsi ponctuée par des queues interminables, notamment devant les magasins d'alimentation.
En effet les restrictions mises en place dès 1940, ne
prirent fin qu'en 1954 !
Même si le taux de chômage
n'était alors de l'ordre de
2%, en ce début des années cinquante, le confort ménager
restait toutefois spartiate.
Les salaires
étaient l à, mais sans le confort
approprié à un monde en quête de reconstruction. Ainsi,
seuls 62% des foyers bénéficiaient d'une salle de bain, et
20% de la population n'accédait pas à ses propres toilettes.
Un équipement électroménager échappe quelque
peu à ces pénuries, il s'agit de la télévision ! En
effet, le
couronnement de la reine d'Angleterre diffusé par la BBC en
1953, aura très nettement contribué à augmenter
fortement cet équipement dans les foyers !
L'essence, qui aura été
l'un des nerfs de la guerre, représente toujours une
denrée rare, dont le rationnement ne prend fin qu'en Mai 1950,
et ceci
eut pour effet
immédiat de créer des bouchons sur le réseau routier
britannique.
En novembre 1951, les
frères ennemis Austin et Morris fusionnent et donnent
ainsi naissance à la 4e industrie automobile mondiale, juste
derrière les géants américains Ford Chrysler et
Général Motors...
2. Une industrie
automobile renaissante.
Si avant guerre
l'automobile était la
propriété d'un ménage sur 24, en 1945, seul un
foyer sur 32 en possède une. Cette possession conférait à cette époque, l'image d'un
certains rang social, qui s'agrandissait proportionnellement
à la longueur du capot !!!!!
Finalement le premier
salon automobile d'après guerre eu lieu en 1948. Si
certes les voitures américaines étaient présentes,
elles n'étaient pas commercialisées, pour des raisons
protectionnistes avec des barrières douanières
exorbitantes. La France, était représentée
par des marques aussi prestigieuses que Delahaye, Delage
et Talbot- Lago. Mais il y avait également des marques
plus populaires telles que Renault, avec la 4CV ou
encore Citroën avec sa 2CV.
Les constructeurs
britanniques étaient bien entendu présents, et hormis les
marques renommées telles que Jaguar et Bentley, ce
salon voit présentée pour la première fois la Morris
Minor, digne véhicule successeur de la vieillissante Morris Eight.
Son concepteur n'est autre qu'Alec Issigonis.
3. Une politique
internationale déstabilisante et déstabilisée.
C'est au début de cette
décennie que certains évènements de politique
internationale auront pour fruit, ce qui sera plus tard,
"LA" Mini.
Le Roi Farouk, souverain
déchu...
En effet, en novembre 1950
le roi d'égypte Farouk, demande l'évacuation totale
des troupes britannique du canal de Suez, qu'ils
occupaient depuis la fin de la guerre.
Le Canal de Suez étant un
axe vital d'approvisionnement de pétrole en provenance
de la péninsule arabique, les britanniques ne peuvent,
bien entendu, que refuser cet ultimatum. Ne plus
contrôler cet axe signifierait l'obligation de re-router les bateaux
vers le Cap de Bonne Espérance !
De plus, en Mars 1951,
l'Iran décide de contrôler entièrement sa propre
industrie pétrolière, qui depuis 1909 était
chapeautée par..... les britanniques, qui quittent le
pays dès le mois d'Août.
C'est donc dans ce
contexte très tendu, que les relations diplomatiques
avec l'égypte se détériorent un peu plus.
Départ des
premières
troupes britanniques de Port Saïd.
Contraintes, les troupes
britanniques évacuent progressivement le Canal de Suez
dès l'été 1954. Ainsi, plus un seul soldat ne sera
présent à la mi-1956.
Le colonel Nasser.
En Juillet, le
colonel Nasser, tout jeune Président de la
République Arabe d'égypte, prend le contrôle du Canal
pour finalement le nationaliser au mois de Septembre.
Cette décision
contraindra effectivement la Grande Bretagne à
acheminer son pétrole via le Cap de Bonne Espérance,
soit un chemin deux fois plus long qu'auparavant.
Débarquement
des troupes franco-britanniques.
Navires
coulés à l'entrée du Canal pour bloquer le
traffic
Le 30 Octobre
l'ultimatum de laisser débarquer des troupes franco
britanniques pour sécuriser le Canal, et de cesser
les hostilités avec Israël est repoussé par Nasser.
Inévitablement, la guerre
éclate et consécutivement le rationnement sur l'essence est
rétabli en Grande Bretagne.
En novembre sous la
pression des Soviétiques et des Américains, et bien que
l'expédition menée par le général français Massu soit
victorieuse, les forces franco britanniques sont
contraintes de battre en retraite.......
4. Construire une petite
voiture économique....
Un
conducteur moyen britannique, rationné à 10 gallons
(45 litres) d'essence mensuellement, ne peut espérer alors, rouler plus de 500 km par mois !!!
Tous les grands
constructeurs européens sont en émoi, car leurs
véhicules sont de grands consommateurs du précieux
liquide.
Leonard Lord est alors
convaincu de la nécessité de construire un petit
véhicule économique qui devra jeter aux oubliettes les
"bubble cars".
Après un projet n'ayant
pas dépassé le stade du prototype, avec la firme ERA, c'est en Mars 1957
que Lord demande à Alec Issigonis d'abandonner son travail sur
le projet XC9001 (qui aboutira plus tard à
l'Austin/Morris 1800), et de se consacrer entièrement
au projet ADO15 (la Mini)........
Le cahier des charges
tient en 10 points qu'Issigonis note soigneusement sur
un morceau de papier. Ultime contrainte : le modèle
doit sortir dans deux ans maximum !